L’approche scientifique consiste à chercher à comprendre par l’expérience le fonctionnement d’un mécanisme (chimique, physique, biologique, économique, social…). On parle d’approche empirique (étymologiquement venant du grec, signifiant expérience, en essai). Les résultats sont donc toujours observés avec beaucoup de recul. Car en fixant certains paramètres pour limiter les variations et confirmer une hypothèse précise, on introduit certains biais auxquels vient s’ajouter celui de confirmation.

Intéressons-nous par exemple, à la variation notable de taille chez l’humain. Cette variation peut être la conséquence de plusieurs facteurs qui, individuellement, n’expliquent pas l’entièreté de la variabilité, mais qui sont pourtant statistiquement corrélés à la taille. On classe, on caractérise, on catalogue… On retrouve l’alimentation, l’âge, le sexe, l’environnement, l’origine géographique et même le niveau d’éducation (NCD Risk Factor Collaboration, eLife 2016).

Sortis de leurs contextes, ces résultats et leurs interprétations n’ont plus de sens scientifique et pourtant, notre organisation sociale et économique rend l’extrapolation populaire inévitable. Bien qu’on ne puisse pas extrapoler que les enfants soient toujours plus petits que les adultes, si pour des raisons x ou y cette extrapolation se justifiait, elle serait faite.

LA MINUTE ESSENTIELLE

Un mythe naît souvent de l’extrapolation de résultats empiriques obtenus dans des conditions bien spécifiques. Mais l’extrapolation sans observation critique et sans prise en compte des conditions expérimentales, altère fortement la véracité d’un résultat. Pourtant, une fois ancré, le mythe participe à renforcer le biais de confirmation, de ne voir que ce que l’on a envie de voir.

L’histoire de l’effet Mozart : un mythe qui raconte qu’écouter Mozart rendrait intelligent

L’effet positif, transitoire et controversé, conséquent à 10 minute d’écoute de la Sonate en RéM K 448 pour deux pianos de Mozart,  fût mis en exergue dans deux études : en 1993 et 1994, et concerne spécifiquement et a priori uniquement les capacités de raisonnement spatio-temporel mesurées par différentes tâches comme du pliage (Rauscher et al, 1993, Rauscher et al, 1994).

Bien que dès les premières lignes, il y est écrit « listening to a Mozart sonata induces subsequent short-term spatial reasoning facilitation », (écouter une sonate de Mozart améliore sur le cours terme le raisonnement spatial (Rauscher et al, 1994)), le mythe “Écouter Mozart rend intelligent” est né.

woman wearing white headphones
La Naissance D'un Mythe

Avant de devenir mythe, les résultats d’une expérience sont avant tout les résultats d’une idée pour étudier le pourquoi et le comment d’un mécanisme. Alors comment est née l’idée de mesurer l’effet d’écouter Mozart sur les capacités cognitives ?

Comprendre le fonctionnement du cerveau est sans doute l’une des nombreuses quêtes sans fin que l’Humain a initiées il y a des milliers d’années (Bertullo, 2015). Avec l’évolution des outils technologiques pour mesurer l’activité cérébrale, des résultats suggéraient des fonctionnements différents pour chaque hémisphère (et Jill Bolt Taylor vous raconte que ce n’est pas un mythe, Frey, 2008). En 1990, une équipe de Californie met en évidence la musicalité de l’activité dans le cortex et propose un model (Leng & Shaw 1990). Les mesures d’activité électrique du cerveau, une fois converties en musique, peuvent sonner comme un menuet, une valse ou encore de la musique folk… Alors si la musique, les mathématiques et les échecs stimulent les zones cérébrales impliquées dans les fonctions dites « supérieures » et si ces zones cérébrales « font » telle ou telle musique lorsque l’on réalise telle ou telle tâche, est-il possible de conditionner le cerveau par la musique ? Telle est la question explorée par les géniteur(rice)s de l’Effet Mozart. À cette époque, ils notent déjà des résultats significatifs sur les capacités non-verbales d’enfants ayant écouté différents types de musique, alors Rauscher et ses collaborateurs élaborent une étude supplémentaire avec un panel d’étudiants pour étudier si la musique de Mozart pourrait également affecter les capacités adultes, où le cortex est plus mature et moins plastique que chez les enfants (Rauscher et al, 1993, Rauscher et al, 1994).

Et même entre chercheurs, des échanges épistolaires deviennent nécessaires pour clarifier l’interprétation des résultats. En effet, plusieurs équipes essayent en vain de reproduire l’experience ne trouvant aucun effet significatif sur le QI après des écoutes similaires. Rauscher répond alors que l’Effet Mozart n’a rien à voir avec l’intelligence générale mesurée avec les tests du QI mais avec la réalisation de certaines tâches bien spécifiques (scientific correspondence, 1999, Steel et al, and Rauscher).

Peu importe. En parallèle, les medias s’en emparent, les CDs se vendent à la pelle, le cycle de vie du mythe est initié.

Né de l’observation d’une experience qui est en soi une simplification du système, le mythe évolue dans les croyances populaires où cette simplification est extrapolée au général, diffusant la confusion dans le domaine scientifique en retour, soulevant les biais que l’extrapolation rend évidents. (dans notre exemple, écouter telle musique de Mozart facilite temporairement le raisonnement spatial -> extrapolé en : écouter Mozart rend intelligent -> confusion populaire et scientifique : raisonnement spatial=intelligence générale)

Alors qu’advient-il des mythes lorsque l’on se penche sur le neurodéveloppement ?

L’environnement (pesticides, métaux lourds…) affecte le développement du système nerveux intra- et extra-utérin (Muños-Quezada et al, 2013). Ce développement est directement corrélé aux capacités cognitives, psychomotrices et sensorielles de l’organisme (Counsell et al, 2008; Baud & Berkane, 2019). Avec les années, de nombreuses études ont établi des listes de critères qui permettaient de discriminer tel ou tel fonctionnement cognitif, lié ou non à un trouble du neurodéveloppement (voir Les Details Essentiels de notre article sur la norme).

Les mythes sont donc nombreux à semer le trouble. Par exemple, bien que dans l’une des premières études il y ait déjà 3 filles (Kanner, 1943), encore pour beaucoup, une personne autiste est un petit garçon qui hurle, se balance, fuit le regard ou bien, un génie.

Alors je vous emmène dans la norme des filles/femmes autistes.

woman covering half of her face grayscale photography
L'Art Morbide du Masking

Temple Grandin et Julie Dachez avaient fait trembler les paradigmes fondateurs du spectre de l’autisme et c’est Adeline Lacroix qui met en exergue avec beaucoup de délicatesse les biais et les capacités atypiques des petites filles/femmes autistes qui contribuent au sous-diagnostic.
Les préjugées dans l’autisme sont nombreux mais le mythe de l’autisme exclusivement masculin renforce le sentiment des filles/femmes de devoir se rendre invisibles et que le masking est l’unique mode de (sur)vie. Ne se retrouvant ni dans le génie, ni dans la masculinité, l’isolement peut leur être fatal. Le taux de suicide des personnes autistes sans déficience intellectuelle et notamment des femmes est significativement supérieur à la population féminine non-autiste (9.4x ou plus avec Troubles de l’Attention avec/sans Hyperactivité, Hirvikoski et al, 2019). Et là… hum… vous le sentez ? Le mythe de l’autisme féminin qui est en train de doucement naître ? Ces nouveaux critères statistiquement associés aux individus de sexe biologique féminin sont en train de faire naître le mythe d’une forme de gestion de l’autisme exclusivement biologiquement féminine, excluant les individus biologiquement masculins présentant ces mêmes capacités/difficultés. Et donc pour eux, on attend une étude de population qui montre une augmentation du taux de suicide de combien avant de reconnaître leurs difficultés ?

L’autisme chez les filles n’est pas un mythe, mais qu’en est-il de l’autisme féminin ?

L’un des challenges de la recherche est de parvenir à développer des outils pour déceler les filles entrant dans le spectre de l’autisme dans l’espoir de les diagnostiquer avant qu’elles ne finissent avec des séquelles psychologiques et neurologiques 30, 40, 60 ans plus tard.

Un challenge pas des moindre car dans une société où sourire et être sage suffit à avoir l’air normal, les petites filles autistes hautement fonctionnelles élaborent des stratégies ultra-sophistiquées pour ne pas être vues comme anormales et deviennent des athlètes du masking.

Elles sont sages, savent sourire, et bien qu’elles deviennent l’incarnation de Hulk lorsque le masque parfois se faille ou glisse, elles sont simplement caractérielles.

Des filles, normales.

Le niveau de sophistication des stratégies de masking et le niveau d’entrainement sont tels, que face aux épreuves de QI, tout peut paraitre « simple ». Les résultats suggérant une intelligence hors-norme, viennent alors renforcer le cliché du « génie » de l’autisme. (c’est le biais de confirmation, mais nous savons que le spectre est large et que le (T)HQI n’est pas un critère de diagnostic de l’autisme)

Haut QI = intelligence, un mythe installé et vénéré depuis si longtemps…

Pourtant, les tests de QI n’ont pas été initialement dessinés pour mesurer l’intelligence mais pour prédire la réussite scolaire. Quand contrôler les mouvements, l’attention, gérer l’organisation, canaliser les émotions, filtrer les sensations sont des challenges de chaque instant, les tests de QI peuvent sembler sous certains aspects « faciles ».

Et pourtant, et là à titre d’exemple personnel, quand choisir des chaussettes dépend de la pression atmosphérique, de l’humidité, des stimuli sensoriels en fonction des chaussures, quand ça peut prendre 4h parce que la météo n’est finalement pas celle envisagée, comment se sentir intelligent(e) même avec un QI hors-norme ?

La dichotomie entre “l’intelligence” vénérée par nos sociétés d’un côté et un environnement qui encouragent les actes de pulsions neurologiquement difficilement compatibles avec des réactions « intelligentes » de l’autre, peut être très anxiogène pour les personnes dites « (très) intelligentes », à cause de leurs capacités à concevoir « The Big Picture, in details ».

adult black pug

Alors trop intelligent(e) pour être heureux(se), mythe ou réalité ? Pour répondre à cette question je vous laisse découvrir le podcast de Nicolas Gauvrit.

Bon… spoiler alert, heureusement non, car (T)HPI = hypersensibilité ?! et non plus ! encore un mythe. En effet, beaucoup de personnes au QI hors-norme ne se retrouvent pas dans cette caractéristique et pourtant leur QI est bel et bien confirmé empiriquement hors-norme. Le monde est toujours plus complexe.

Mais alors ? Comment catégorise-t-on l’intelligence ? Bah ça va dépendre de la tendance de nos croyances : hypersensibilité, haut potentiel, intelligence émotionnelle… Qu’est-ce qui nous parle ? Quelles histoires ? Quels mythes avons-nous envie de (nous) raconter ? Cela reste arbitraire et se base sur des critères identifiés comme potentiellement discriminant à un instant t sur une population donnée. Surdoué(e), zèbre, hypersensible… de nombreux termes ont récemment émergé pour cataloguer ces intelligences atypiques. Entre confusion et marketing, je vous propose de retrouver tout ça dans le détail dans notre section à venir sur les Hauts Potentiels Intellectuels.

Références

Étymologies, définitions et petites sucreries

Mythe https://en.wiktionary.org/wiki/mythos#Latin

Empirique https://en.wiktionary.org/wiki/%E1%BC%90%CE%BC%CF%80%CE%B5%CE%B9%CF%81%CE%B9%CE%BA%CF%8C%CF%82#Ancient_Greek

Biais de confirmation https://fr.wikipedia.org/wiki/Biais_de_confirmation

La norme, cet handicap Neuroblog #1 https://enikos.ch/norme/

Vidéos/podcast

Fonctionnement des hemispheres par Jill bolt taylor https://www.youtube.com/watch?v=UyyjU8fzEYU

Qu’est-ce que l’autisme ? par Agonie Autie www.youtube.com/watch?v=H8hHGIJKf3o

Autisme chez les femmes Julie Dachez www.youtube.com/watch?v=i3-5_CAhGxo

Sous-diagnostic des femmes TSA Adeline Lacroix www.youtube.com/watch?v=BqsB4lsPdsw

Le QI par Psychocouac www.youtube.com/watch?v=YKn2M5APQqU

Haut QI & handicap Nicolas Gauvrit https://www.scepticisme-scientifique.com/episode-265-les-enfants-surdoues-1/

Hypersensibilité par Psychocouac https://www.youtube.com/watch?v=7r7KZyjGhoE

HP & Hypersensibilité par Stéphanie Aubertin https://www.youtube.com/watch?v=uTvVuVqIdig&t=0s

Ressources Scientifiques

Variabilité de la taille chez l’humain NDC-RisC, 2016 https://elifesciences.org/articles/13410.pdf

Trépanation Bertullo, 2015 https://ajbm.net/wp-content/uploads/2015/07/History-of-Traumatic-Brain-Injury-TBI.pdf

Asymétrie des hemispheres chez l’Homme moderne Frey, 2008 Tool use, communicative gesture and cerebral asymmetries in the modern human brain

Model musicalité du cortex cerebral Leng & Shaw 1990, Coding of Musical Structure and the Trion Model of Cortex

Musique et performances Rauscher, Shaw, Levine, Ky, Wright 1994 Music and Spatial Task Performance: A Causal Relationship

Correspondance scientifique Steel et al, and Rauscher 1999, Nature, Scientific Correspondence

Neurodeveloppement Counsell et al, 2008 Specific relations between neurodeveloppemental abilities and white matter microstructure in children born preterm ;  Baud & Berkane, 2019 Hormonal Changes Associated With Intra-Uterine Growth Restriction: Impact on the Developing Brain and Future Neurodevelopment

Neurodeveloppement & pesticides Muños-Quezada et al, 2013 https://www.ncbi.nlm.nih.gov/pmc/articles/PMC3899350/

Troubles du spectre de l’autisme Kanner, 1943 http://mail.neurodiversity.com/library_kanner_1943.pdf

Suicide chez les personnes TSA Hirvikoski et al, 2019 Individual risk and familial liability for suicide attempt and suicide in autism : a population-based study

Les petits plus pour la culture G à tartiner

Biais cognitifs & Médecine Saposnik et al, 2016 Cognitive biases associated with medical decisions: a systematic review

Musique & Médecine Pauwels et al, 2014 Mozart, Music and Medicine 

Coopération entre hémisphères et tâches simples/complexes Weissman & Banich, 2000 The Cerebral Hemispheres Cooperate to Perform Complex but not Simple Tasks

Prof Mottron & Diagnostic TSA https://www.youtube.com/watch?v=fKvzPxSUFD8

 

LA MINUTE ESSENTIELLE

Un mythe naît souvent de l’extrapolation de résultats empiriques obtenus dans des conditions bien spécifiques. Mais l’extrapolation sans observation critique et sans prise en compte des conditions expérimentales, altère fortement la véracité d’un résultat. Pourtant, une fois ancré, le mythe participe à renforcer le biais de confirmation, de ne voir que ce que l’on a envie de voir.

L’approche scientifique consiste à chercher à comprendre par l’expérience le fonctionnement d’un mécanisme (chimique, physique, biologique, économique, social…). On parle d’approche empirique (étymologiquement venant du grec, signifiant expérience, en essai). Les résultats sont donc toujours observés avec beaucoup de recul. Car en fixant certains paramètres pour limiter les variations et confirmer une hypothèse précise, on introduit certains biais auxquels vient s’ajouter celui de confirmation.

Intéressons-nous par exemple, à la variation notable de taille chez l’humain. Cette variation peut être la conséquence de plusieurs facteurs qui, individuellement, n’expliquent pas l’entièreté de la variabilité, mais qui sont pourtant statistiquement corrélés à la taille. On classe, on caractérise, on catalogue… On retrouve l’alimentation, l’âge, le sexe, l’environnement, l’origine géographique et même le niveau d’éducation (NCD Risk Factor Collaboration, eLife 2016).

Sortis de leurs contextes, ces résultats et leurs interprétations n’ont plus de sens scientifique et pourtant, notre organisation sociale et économique rend l’extrapolation populaire inévitable. Bien qu’on ne puisse pas extrapoler que les enfants soient toujours plus petits que les adultes, si pour des raisons x ou y cette extrapolation se justifiait, elle serait faite.

L’histoire de l’effet Mozart : un mythe qui raconte qu’écouter Mozart rendrait intelligent

woman wearing white headphones
La Naissance D'un Mythe

Avant de devenir mythe, les résultats d’une expérience sont avant tout les résultats d’une idée pour étudier le pourquoi et le comment d’un mécanisme. Alors comment est née l’idée de mesurer l’effet d’écouter Mozart sur les capacités cognitives ?

Comprendre le fonctionnement du cerveau est sans doute l’une des nombreuses quêtes sans fin que l’Humain a initiées il y a des milliers d’années (Bertullo, 2015). Avec l’évolution des outils technologiques pour mesurer l’activité cérébrale, des résultats suggéraient des fonctionnements différents pour chaque hémisphère (et Jill Bolt Taylor vous raconte que ce n’est pas un mythe, Frey, 2008). En 1990, une équipe de Californie met en évidence la musicalité de l’activité dans le cortex et propose un model (Leng & Shaw 1990). Les mesures d’activité électrique du cerveau, une fois converties en musique, peuvent sonner comme un menuet, une valse ou encore de la musique folk… Alors si la musique, les mathématiques et les échecs stimulent les zones cérébrales impliquées dans les fonctions dites « supérieures » et si ces zones cérébrales « font » telle ou telle musique lorsque l’on réalise telle ou telle tâche, est-il possible de conditionner le cerveau par la musique ? Telle est la question explorée par les géniteur(rice)s de l’Effet Mozart. À cette époque, ils notent déjà des résultats significatifs sur les capacités non-verbales d’enfants ayant écouté différents types de musique, alors Rauscher et ses collaborateurs élaborent une étude supplémentaire avec un panel d’étudiants pour étudier si la musique de Mozart pourrait également affecter les capacités adultes, où le cortex est plus mature et moins plastique que chez les enfants (Rauscher et al, 1993, Rauscher et al, 1994).

L’effet positif, transitoire et controversé, conséquent à 10 minute d’écoute de la Sonate en RéM K 448 pour deux pianos de Mozart,  fût mis en exergue dans deux études : en 1993 et 1994, et concerne spécifiquement et a priori uniquement les capacités de raisonnement spatio-temporel mesurées par différentes tâches comme du pliage (Rauscher et al, 1993, Rauscher et al, 1994).

Bien que dès les premières lignes, il y est écrit « listening to a Mozart sonata induces subsequent short-term spatial reasoning facilitation », (écouter une sonate de Mozart améliore sur le cours terme le raisonnement spatial (Rauscher et al, 1994)), le mythe “Écouter Mozart rend intelligent” est né.

Et même entre chercheurs, des échanges épistolaires deviennent nécessaires pour clarifier l’interprétation des résultats. En effet, plusieurs équipes essayent en vain de reproduire l’experience ne trouvant aucun effet significatif sur le QI après des écoutes similaires. Rauscher répond alors que l’Effet Mozart n’a rien à voir avec l’intelligence générale mesurée avec les tests du QI mais avec la réalisation de certaines tâches bien spécifiques (scientific correspondence, 1999, Steel et al, and Rauscher).

Peu importe. En parallèle, les medias s’en emparent, les CDs se vendent à la pelle, le cycle de vie du mythe est initié.

Né de l’observation d’une experience qui est en soi une simplification du système, le mythe évolue dans les croyances populaires où cette simplification est extrapolée au général, diffusant la confusion dans le domaine scientifique en retour, soulevant les biais que l’extrapolation rend évidents. (dans notre exemple, écouter telle musique de Mozart facilite temporairement le raisonnement spatial -> extrapolé en : écouter Mozart rend intelligent -> confusion populaire et scientifique : raisonnement spatial=intelligence générale)

Alors qu’advient-il des mythes lorsque l’on se penche sur le neurodéveloppement ?

L’environnement (pesticides, métaux lourds…) affecte le développement du système nerveux intra- et extra-utérin (Muños-Quezada et al, 2013). Ce développement est directement corrélé aux capacités cognitives, psychomotrices et sensorielles de l’organisme (Counsell et al, 2008; Baud & Berkane, 2019). Avec les années, de nombreuses études ont établi des listes de critères qui permettaient de discriminer tel ou tel fonctionnement cognitif, lié ou non à un trouble du neurodéveloppement (voir Les Details Essentiels de notre article sur la norme).

Les mythes sont donc nombreux à semer le trouble. Par exemple, bien que dans l’une des premières études il y ait déjà 3 filles (Kanner, 1943), encore pour beaucoup, une personne autiste est un petit garçon qui hurle, se balance, fuit le regard ou bien, un génie.

Alors je vous emmène dans la norme des filles/femmes autistes.

woman covering half of her face grayscale photography
L'Art Morbide du Masking

Temple Grandin et Julie Dachez avaient fait trembler les paradigmes fondateurs du spectre de l’autisme et c’est Adeline Lacroix qui met en exergue avec beaucoup de délicatesse les biais et les capacités atypiques des petites filles/femmes autistes qui contribuent au sous-diagnostic.
Les préjugées dans l’autisme sont nombreux mais le mythe de l’autisme exclusivement masculin renforce le sentiment des filles/femmes de devoir se rendre invisibles et que le masking est l’unique mode de (sur)vie. Ne se retrouvant ni dans le génie, ni dans la masculinité, l’isolement peut leur être fatal. Le taux de suicide des personnes autistes sans déficience intellectuelle et notamment des femmes est significativement supérieur à la population féminine non-autiste (9.4x ou plus avec Troubles de l’Attention avec/sans Hyperactivité, Hirvikoski et al, 2019). Et là… hum… vous le sentez ? Le mythe de l’autisme féminin qui est en train de doucement naître ? Ces nouveaux critères statistiquement associés aux individus de sexe biologique féminin sont en train de faire naître le mythe d’une forme de gestion de l’autisme exclusivement biologiquement féminine, excluant les individus biologiquement masculins présentant ces mêmes capacités/difficultés. Et donc pour eux, on attend une étude de population qui montre une augmentation du taux de suicide de combien avant de reconnaître leurs difficultés ?

L’autisme chez les filles n’est pas un mythe, mais qu’en est-il de l’autisme féminin ?

L’un des challenges de la recherche est de parvenir à développer des outils pour déceler les filles entrant dans le spectre de l’autisme dans l’espoir de les diagnostiquer avant qu’elles ne finissent avec des séquelles psychologiques et neurologiques 30, 40, 60 ans plus tard.

Un challenge pas des moindre car dans une société où sourire et être sage suffit à avoir l’air normal, les petites filles autistes hautement fonctionnelles élaborent des stratégies ultra-sophistiquées pour ne pas être vues comme anormales et deviennent des athlètes du masking.

Elles sont sages, savent sourire, et bien qu’elles deviennent l’incarnation de Hulk lorsque le masque parfois se faille ou glisse, elles sont simplement caractérielles.

Des filles, normales.

Le niveau de sophistication des stratégies de masking et le niveau d’entrainement sont tels, que face aux épreuves de QI, tout peut paraitre « simple ». Les résultats suggérant une intelligence hors-norme, viennent alors renforcer le cliché du « génie » de l’autisme. (c’est le biais de confirmation, mais nous savons que le spectre est large et que le (T)HQI n’est pas un critère de diagnostic de l’autisme)

Haut QI = intelligence, un mythe installé et vénéré depuis si longtemps…

Pourtant, les tests de QI n’ont pas été initialement dessinés pour mesurer l’intelligence mais pour prédire la réussite scolaire. Quand contrôler les mouvements, l’attention, gérer l’organisation, canaliser les émotions, filtrer les sensations sont des challenges de chaque instant, les tests de QI peuvent sembler sous certains aspects « faciles ».

Et pourtant, et là à titre d’exemple personnel, quand choisir des chaussettes dépend de la pression atmosphérique, de l’humidité, des stimuli sensoriels en fonction des chaussures, quand ça peut prendre 4h parce que la météo n’est finalement pas celle envisagée, comment se sentir intelligent(e) même avec un QI hors-norme ?

La dichotomie entre “l’intelligence” vénérée par nos sociétés d’un côté et un environnement qui encouragent les actes de pulsions neurologiquement difficilement compatibles avec des réactions « intelligentes » de l’autre, peut être très anxiogène pour les personnes dites « (très) intelligentes », à cause de leurs capacités à concevoir « The Big Picture, in details ».

adult black pug

Alors trop intelligent(e) pour être heureux(se), mythe ou réalité ? Pour répondre à cette question je vous laisse découvrir le podcast de Nicolas Gauvrit.

Bon… spoiler alert, heureusement non, car (T)HPI = hypersensibilité ?! et non plus ! encore un mythe. En effet, beaucoup de personnes au QI hors-norme ne se retrouvent pas dans cette caractéristique et pourtant leur QI est bel et bien confirmé empiriquement hors-norme. Le monde est toujours plus complexe.

Mais alors ? Comment catégorise-t-on l’intelligence ? Bah ça va dépendre de la tendance de nos croyances : hypersensibilité, haut potentiel, intelligence émotionnelle… Qu’est-ce qui nous parle ? Quelles histoires ? Quels mythes avons-nous envie de (nous) raconter ? Cela reste arbitraire et se base sur des critères identifiés comme potentiellement discriminant à un instant t sur une population donnée. Surdoué(e), zèbre, hypersensible… de nombreux termes ont récemment émergé pour cataloguer ces intelligences atypiques. Entre confusion et marketing, je vous propose de retrouver tout ça dans le détail dans notre section à venir sur les Hauts Potentiels Intellectuels.

Références

Étymologies, définitions et petites sucreries

Mythe https://en.wiktionary.org/wiki/mythos#Latin

Empirique https://en.wiktionary.org/wiki/%E1%BC%90%CE%BC%CF%80%CE%B5%CE%B9%CF%81%CE%B9%CE%BA%CF%8C%CF%82#Ancient_Greek

Biais de confirmation https://fr.wikipedia.org/wiki/Biais_de_confirmation

La norme, cet handicap Neuroblog #1 https://enikos.ch/norme/

Vidéos/podcast

Fonctionnement des hemispheres par Jill bolt taylor https://www.youtube.com/watch?v=UyyjU8fzEYU

Qu’est-ce que l’autisme ? par Agonie Autie www.youtube.com/watch?v=H8hHGIJKf3o

Autisme chez les femmes Julie Dachez www.youtube.com/watch?v=i3-5_CAhGxo

Sous-diagnostic des femmes TSA Adeline Lacroix www.youtube.com/watch?v=BqsB4lsPdsw

Le QI par Psychocouac www.youtube.com/watch?v=YKn2M5APQqU

Haut QI & handicap Nicolas Gauvrit https://www.scepticisme-scientifique.com/episode-265-les-enfants-surdoues-1/

Hypersensibilité par Psychocouac https://www.youtube.com/watch?v=7r7KZyjGhoE

HP & Hypersensibilité par Stéphanie Aubertin https://www.youtube.com/watch?v=uTvVuVqIdig&t=0s

Ressources Scientifiques

Variabilité de la taille chez l’humain NDC-RisC, 2016 https://elifesciences.org/articles/13410.pdf

Trépanation Bertullo, 2015 https://ajbm.net/wp-content/uploads/2015/07/History-of-Traumatic-Brain-Injury-TBI.pdf

Asymétrie des hemispheres chez l’Homme moderne Frey, 2008 Tool use, communicative gesture and cerebral asymmetries in the modern human brain

Model musicalité du cortex cerebral Leng & Shaw 1990, Coding of Musical Structure and the Trion Model of Cortex

Musique et performances Rauscher, Shaw, Levine, Ky, Wright 1994 Music and Spatial Task Performance: A Causal Relationship

Correspondance scientifique Steel et al, and Rauscher 1999, Nature, Scientific Correspondence

Neurodeveloppement Counsell et al, 2008 Specific relations between neurodeveloppemental abilities and white matter microstructure in children born preterm ;  Baud & Berkane, 2019 Hormonal Changes Associated With Intra-Uterine Growth Restriction: Impact on the Developing Brain and Future Neurodevelopment

Neurodeveloppement & pesticides Muños-Quezada et al, 2013 https://www.ncbi.nlm.nih.gov/pmc/articles/PMC3899350/

Troubles du spectre de l’autisme Kanner, 1943 http://mail.neurodiversity.com/library_kanner_1943.pdf

Suicide chez les personnes TSA Hirvikoski et al, 2019 Individual risk and familial liability for suicide attempt and suicide in autism : a population-based study

Les petits plus pour la culture G à tartiner

Biais cognitifs & Médecine Saposnik et al, 2016 Cognitive biases associated with medical decisions: a systematic review

Musique & Médecine Pauwels et al, 2014 Mozart, Music and Medicine 

Coopération entre hémisphères et tâches simples/complexes Weissman & Banich, 2000 The Cerebral Hemispheres Cooperate to Perform Complex but not Simple Tasks

Prof Mottron & Diagnostic TSA https://www.youtube.com/watch?v=fKvzPxSUFD8

 

LA MINUTE ESSENTIELLE

Un mythe naît souvent de l’extrapolation de résultats empiriques obtenus dans des conditions bien spécifiques. Mais l’extrapolation sans observation critique et sans prise en compte des conditions expérimentales, altère fortement la véracité d’un résultat. Pourtant, une fois ancré, le mythe participe à renforcer le biais de confirmation, de ne voir que ce que l’on a envie de voir.

L’approche scientifique consiste à chercher à comprendre par l’expérience le fonctionnement d’un mécanisme (chimique, physique, biologique, économique, social…). On parle d’approche empirique (étymologiquement venant du grec, signifiant expérience, en essai). Les résultats sont donc toujours observés avec beaucoup de recul. Car en fixant certains paramètres pour limiter les variations et confirmer une hypothèse précise, on introduit certains biais auxquels vient s’ajouter celui de confirmation.

Intéressons-nous par exemple, à la variation notable de taille chez l’humain. Cette variation peut être la conséquence de plusieurs facteurs qui, individuellement, n’expliquent pas l’entièreté de la variabilité, mais qui sont pourtant statistiquement corrélés à la taille. On classe, on caractérise, on catalogue… On retrouve l’alimentation, l’âge, le sexe, l’environnement, l’origine géographique et même le niveau d’éducation (NCD Risk Factor Collaboration, eLife 2016).

Sortis de leurs contextes, ces résultats et leurs interprétations n’ont plus de sens scientifique et pourtant, notre organisation sociale et économique rend l’extrapolation populaire inévitable. Bien qu’on ne puisse pas extrapoler que les enfants soient toujours plus petits que les adultes, si pour des raisons x ou y cette extrapolation se justifiait, elle serait faite.

L’histoire de l’effet Mozart : un mythe qui raconte qu’écouter Mozart rendrait intelligent

L’effet positif, transitoire et controversé, conséquent à 10 minute d’écoute de la Sonate en RéM K 448 pour deux pianos de Mozart,  fût mis en exergue dans deux études : en 1993 et 1994, et concerne spécifiquement et a priori uniquement les capacités de raisonnement spatio-temporel mesurées par différentes tâches comme du pliage (Rauscher et al, 1993, Rauscher et al, 1994).

woman wearing white headphones
La Naissance D'un Mythe

Avant de devenir mythe, les résultats d’une expérience sont avant tout les résultats d’une idée pour étudier le pourquoi et le comment d’un mécanisme. Alors comment est née l’idée de mesurer l’effet d’écouter Mozart sur les capacités cognitives ?

Comprendre le fonctionnement du cerveau est sans doute l’une des nombreuses quêtes sans fin que l’Humain a initiées il y a des milliers d’années (Bertullo, 2015). Avec l’évolution des outils technologiques pour mesurer l’activité cérébrale, des résultats suggéraient des fonctionnements différents pour chaque hémisphère (et Jill Bolt Taylor vous raconte que ce n’est pas un mythe, Frey, 2008). En 1990, une équipe de Californie met en évidence la musicalité de l’activité dans le cortex et propose un model (Leng & Shaw 1990). Les mesures d’activité électrique du cerveau, une fois converties en musique, peuvent sonner comme un menuet, une valse ou encore de la musique folk… Alors si la musique, les mathématiques et les échecs stimulent les zones cérébrales impliquées dans les fonctions dites « supérieures » et si ces zones cérébrales « font » telle ou telle musique lorsque l’on réalise telle ou telle tâche, est-il possible de conditionner le cerveau par la musique ? Telle est la question explorée par les géniteur(rice)s de l’Effet Mozart. À cette époque, ils notent déjà des résultats significatifs sur les capacités non-verbales d’enfants ayant écouté différents types de musique, alors Rauscher et ses collaborateurs élaborent une étude supplémentaire avec un panel d’étudiants pour étudier si la musique de Mozart pourrait également affecter les capacités adultes, où le cortex est plus mature et moins plastique que chez les enfants (Rauscher et al, 1993, Rauscher et al, 1994).

Bien que dès les premières lignes, il y est écrit « listening to a Mozart sonata induces subsequent short-term spatial reasoning facilitation », (écouter une sonate de Mozart améliore sur le cours terme le raisonnement spatial (Rauscher et al, 1994)), le mythe “Écouter Mozart rend intelligent” est né.

Et même entre chercheurs, des échanges épistolaires deviennent nécessaires pour clarifier l’interprétation des résultats. En effet, plusieurs équipes essayent en vain de reproduire l’experience ne trouvant aucun effet significatif sur le QI après des écoutes similaires. Rauscher répond alors que l’Effet Mozart n’a rien à voir avec l’intelligence générale mesurée avec les tests du QI mais avec la réalisation de certaines tâches bien spécifiques (scientific correspondence, 1999, Steel et al, and Rauscher).

Peu importe. En parallèle, les medias s’en emparent, les CDs se vendent à la pelle, le cycle de vie du mythe est initié.

Né de l’observation d’une experience qui est en soi une simplification du système, le mythe évolue dans les croyances populaires où cette simplification est extrapolée au général, diffusant la confusion dans le domaine scientifique en retour, soulevant les biais que l’extrapolation rend évidents. (dans notre exemple, écouter telle musique de Mozart facilite temporairement le raisonnement spatial -> extrapolé en : écouter Mozart rend intelligent -> confusion populaire et scientifique : raisonnement spatial=intelligence générale)

Alors qu’advient-il des mythes lorsque l’on se penche sur le neurodéveloppement ?

L’environnement (pesticides, métaux lourds…) affecte le développement du système nerveux intra- et extra-utérin (Muños-Quezada et al, 2013). Ce développement est directement corrélé aux capacités cognitives, psychomotrices et sensorielles de l’organisme (Counsell et al, 2008; Baud & Berkane, 2019). Avec les années, de nombreuses études ont établi des listes de critères qui permettaient de discriminer tel ou tel fonctionnement cognitif, lié ou non à un trouble du neurodéveloppement (voir Les Details Essentiels de notre article sur la norme).

Les mythes sont donc nombreux à semer le trouble. Par exemple, bien que dans l’une des premières études il y ait déjà 3 filles (Kanner, 1943), encore pour beaucoup, une personne autiste est un petit garçon qui hurle, se balance, fuit le regard ou bien, un génie.

Alors je vous emmène dans la norme des filles/femmes autistes.

woman covering half of her face grayscale photography
L'Art Morbide du Masking

Temple Grandin et Julie Dachez avaient fait trembler les paradigmes fondateurs du spectre de l’autisme et c’est Adeline Lacroix qui met en exergue avec beaucoup de délicatesse les biais et les capacités atypiques des petites filles/femmes autistes qui contribuent au sous-diagnostic.
Les préjugées dans l’autisme sont nombreux mais le mythe de l’autisme exclusivement masculin renforce le sentiment des filles/femmes de devoir se rendre invisibles et que le masking est l’unique mode de (sur)vie. Ne se retrouvant ni dans le génie, ni dans la masculinité, l’isolement peut leur être fatal. Le taux de suicide des personnes autistes sans déficience intellectuelle et notamment des femmes est significativement supérieur à la population féminine non-autiste (9.4x ou plus avec Troubles de l’Attention avec/sans Hyperactivité, Hirvikoski et al, 2019). Et là… hum… vous le sentez ? Le mythe de l’autisme féminin qui est en train de doucement naître ? Ces nouveaux critères statistiquement associés aux individus de sexe biologique féminin sont en train de faire naître le mythe d’une forme de gestion de l’autisme exclusivement biologiquement féminine, excluant les individus biologiquement masculins présentant ces mêmes capacités/difficultés. Et donc pour eux, on attend une étude de population qui montre une augmentation du taux de suicide de combien avant de reconnaître leurs difficultés ?

L’autisme chez les filles n’est pas un mythe, mais qu’en est-il de l’autisme féminin ?

L’un des challenges de la recherche est de parvenir à développer des outils pour déceler les filles entrant dans le spectre de l’autisme dans l’espoir de les diagnostiquer avant qu’elles ne finissent avec des séquelles psychologiques et neurologiques 30, 40, 60 ans plus tard.

Un challenge pas des moindre car dans une société où sourire et être sage suffit à avoir l’air normal, les petites filles autistes hautement fonctionnelles élaborent des stratégies ultra-sophistiquées pour ne pas être vues comme anormales et deviennent des athlètes du masking.

Elles sont sages, savent sourire, et bien qu’elles deviennent l’incarnation de Hulk lorsque le masque parfois se faille ou glisse, elles sont simplement caractérielles.

Des filles, normales.

Le niveau de sophistication des stratégies de masking et le niveau d’entrainement sont tels, que face aux épreuves de QI, tout peut paraitre « simple ». Les résultats suggérant une intelligence hors-norme, viennent alors renforcer le cliché du « génie » de l’autisme. (c’est le biais de confirmation, mais nous savons que le spectre est large et que le (T)HQI n’est pas un critère de diagnostic de l’autisme)

Haut QI = intelligence, un mythe installé et vénéré depuis si longtemps…

Pourtant, les tests de QI n’ont pas été initialement dessinés pour mesurer l’intelligence mais pour prédire la réussite scolaire. Quand contrôler les mouvements, l’attention, gérer l’organisation, canaliser les émotions, filtrer les sensations sont des challenges de chaque instant, les tests de QI peuvent sembler sous certains aspects « faciles ».

Et pourtant, et là à titre d’exemple personnel, quand choisir des chaussettes dépend de la pression atmosphérique, de l’humidité, des stimuli sensoriels en fonction des chaussures, quand ça peut prendre 4h parce que la météo n’est finalement pas celle envisagée, comment se sentir intelligent(e) même avec un QI hors-norme ?

La dichotomie entre “l’intelligence” vénérée par nos sociétés d’un côté et un environnement qui encouragent les actes de pulsions neurologiquement difficilement compatibles avec des réactions « intelligentes » de l’autre, peut être très anxiogène pour les personnes dites « (très) intelligentes », à cause de leurs capacités à concevoir « The Big Picture, in details ».

adult black pug

Alors trop intelligent(e) pour être heureux(se), mythe ou réalité ? Pour répondre à cette question je vous laisse découvrir le podcast de Nicolas Gauvrit.

Bon… spoiler alert, heureusement non, car (T)HPI = hypersensibilité ?! et non plus ! encore un mythe. En effet, beaucoup de personnes au QI hors-norme ne se retrouvent pas dans cette caractéristique et pourtant leur QI est bel et bien confirmé empiriquement hors-norme. Le monde est toujours plus complexe.

Mais alors ? Comment catégorise-t-on l’intelligence ? Bah ça va dépendre de la tendance de nos croyances : hypersensibilité, haut potentiel, intelligence émotionnelle… Qu’est-ce qui nous parle ? Quelles histoires ? Quels mythes avons-nous envie de (nous) raconter ? Cela reste arbitraire et se base sur des critères identifiés comme potentiellement discriminant à un instant t sur une population donnée. Surdoué(e), zèbre, hypersensible… de nombreux termes ont récemment émergé pour cataloguer ces intelligences atypiques. Entre confusion et marketing, je vous propose de retrouver tout ça dans le détail dans notre section à venir sur les Hauts Potentiels Intellectuels.

Références

Étymologies, définitions et petites sucreries

Mythe https://en.wiktionary.org/wiki/mythos#Latin

Empirique https://en.wiktionary.org/wiki/%E1%BC%90%CE%BC%CF%80%CE%B5%CE%B9%CF%81%CE%B9%CE%BA%CF%8C%CF%82#Ancient_Greek

Biais de confirmation https://fr.wikipedia.org/wiki/Biais_de_confirmation

La norme, cet handicap Neuroblog #1 https://enikos.ch/norme/

Vidéos/podcast

Fonctionnement des hemispheres par Jill bolt taylor https://www.youtube.com/watch?v=UyyjU8fzEYU

Qu’est-ce que l’autisme ? par Agonie Autie www.youtube.com/watch?v=H8hHGIJKf3o

Autisme chez les femmes Julie Dachez www.youtube.com/watch?v=i3-5_CAhGxo

Sous-diagnostic des femmes TSA Adeline Lacroix www.youtube.com/watch?v=BqsB4lsPdsw

Le QI par Psychocouac www.youtube.com/watch?v=YKn2M5APQqU

Haut QI & handicap Nicolas Gauvrit https://www.scepticisme-scientifique.com/episode-265-les-enfants-surdoues-1/

Hypersensibilité par Psychocouac https://www.youtube.com/watch?v=7r7KZyjGhoE

HP & Hypersensibilité par Stéphanie Aubertin https://www.youtube.com/watch?v=uTvVuVqIdig&t=0s

Ressources Scientifiques

Variabilité de la taille chez l’humain NDC-RisC, 2016 https://elifesciences.org/articles/13410.pdf

Trépanation Bertullo, 2015 https://ajbm.net/wp-content/uploads/2015/07/History-of-Traumatic-Brain-Injury-TBI.pdf

Asymétrie des hemispheres chez l’Homme moderne Frey, 2008 Tool use, communicative gesture and cerebral asymmetries in the modern human brain

Model musicalité du cortex cerebral Leng & Shaw 1990, Coding of Musical Structure and the Trion Model of Cortex

Musique et performances Rauscher, Shaw, Levine, Ky, Wright 1994 Music and Spatial Task Performance: A Causal Relationship

Correspondance scientifique Steel et al, and Rauscher 1999, Nature, Scientific Correspondence

Neurodeveloppement Counsell et al, 2008 Specific relations between neurodeveloppemental abilities and white matter microstructure in children born preterm ;  Baud & Berkane, 2019 Hormonal Changes Associated With Intra-Uterine Growth Restriction: Impact on the Developing Brain and Future Neurodevelopment

Neurodeveloppement & pesticides Muños-Quezada et al, 2013 https://www.ncbi.nlm.nih.gov/pmc/articles/PMC3899350/

Troubles du spectre de l’autisme Kanner, 1943 http://mail.neurodiversity.com/library_kanner_1943.pdf

Suicide chez les personnes TSA Hirvikoski et al, 2019 Individual risk and familial liability for suicide attempt and suicide in autism : a population-based study

Les petits plus pour la culture G à tartiner

Biais cognitifs & Médecine Saposnik et al, 2016 Cognitive biases associated with medical decisions: a systematic review

Musique & Médecine Pauwels et al, 2014 Mozart, Music and Medicine 

Coopération entre hémisphères et tâches simples/complexes Weissman & Banich, 2000 The Cerebral Hemispheres Cooperate to Perform Complex but not Simple Tasks

Prof Mottron & Diagnostic TSA https://www.youtube.com/watch?v=fKvzPxSUFD8

 

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